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Tribune dans Le Monde : La loi El Khomeri participe à la bataille menée contre notre modèle social

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Je publie aujourd’hui une tribune dans Le Monde sur la loi travail que vous pouvez lire sur le site

lemonde.fr

Voici le texte intégral.

L’année dernière, j’ai pris la tête d’une entreprise. Après avoir travaillé quatre ans comme cadre pour un groupe de transport, j’ai repris, avec le soutien des salariés, une partie des activités dont il voulait se séparer pour des raisons économiques. Je suis maintenant le patron d’une entreprise de vingt salariés qui propose des services de parking et de transport autour du plus grand aéroport parisien.

Chaque jour, nous travaillons pour faire vivre notre entreprise malgré les difficultés et un contexte économique tendu. Or, cette réforme du code du travail ne nous aidera en rien. Au contraire.

Comme socialiste, je suis atterré. Comme chef d’entreprise, je suis dépité.

Mon problème, ce n’est ni le code du travail, ni le CDI, ni les heures supplémentaires, ni les cotisations sociales.

Mon problème, c’est que le MEDEF et la Confédération générale des petites et moyennes entreprises (CGPME), soumis à aucun scrutin syndical mais tout de même censés être les porte-voix des entreprises comme la mienne, défendent des dispositions qui ne profiteront qu’aux actionnaires des grandes entreprises.

Mon problème, ce sont les salaires trop bas et la consommation en berne. Notre outil industriel n’est exploité qu’à 70 % de ses capacités et les entreprises de service comme la mienne fonctionnent au ralenti.

Mon problème, c’est que je ne me bats pas à armes égales avec mes concurrents qui se lavent les mains des règles du monde du travail. Comment être concurrentiel face à des gens qui ne déclarent pas une partie de leurs salariés, qui font du « black », ne payent pas les heures supplémentaires – ou le font de la main à la main –, ne respectent pas la convention collective.

Ce dumping social et fiscal leur permet de tirer les prix vers le bas tout en ayant des pratiques commerciales déloyales. Si cela est possible, c’est parce que depuis des années, les décideurs politiques de gauche comme de droite ont désarmé les organismes de contrôle garants de la sécurité du travail et de la consommation.

Depuis la révision générale des politiques publiques (RGPP) – en particulier le non-remplacement d’un départ à la retraite sur deux dans la fonction publique – et à cause des différents plans de rigueur, l’inspection du travail, la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF), l’administration fiscale.

Mon problème, ce sont les grandes entreprises, comme Peugeot ou Sanofi, qui font du chantage aux délocalisations à l’Etat, ce qui leur permet de faire baisser leurs taux d’imposition à 6 ou 8 %, là où les artisans, les TPE et les PME reversent 33 % de leurs bénéfices à l’administration fiscale.

Il n’y a plus de justice fiscale quand des groupes comme Total ou Vivendi ne payent quasiment aucun impôt en France mais touchent des millions du crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi (CICE).

Mon problème, ce sont ces géants de l’Internet, comme Google ou PayPal, qui détiennent le pouvoir de vie ou de mort sur un grand nombre de sociétés dont les commandes dépendent de plus en plus du Net. En plus de se livrer à un véritable racket, elles s’exonèrent d’impôt ou de TVA en France par d’habiles montages fiscaux et en se basant dans des pays européens comme l’Irlande ou le Luxembourg.

La réforme du code du travail ne changera rien pour mon entreprise et d’une façon générale ne créera pas un seul emploi.

Au contraire. Elle en détruira à un moment où les suicides professionnels et les accidents du travail repartent à la hausse. Elle permettra surtout aux grands groupes de casser cent cinquante ans d’acquis sociaux par le chantage référendaire à l’emploi.

Elle ne changera rien à la situation d’injustice fiscale entre les grandes et les petites entreprises, ni à l’impunité sociale dont jouissent les grands trusts internationaux qui ne sont soumis à aucune loi et à aucun Etat.

Le problème fondamental, c’est la bataille menée contre notre modèle social. Les réactionnaires, eux, ont bien compris que la lutte des classes n’est pas finie. Alors plutôt que de reculer devant ceux qui veulent nous ramener au XIXsiècle, je préfère défendre le partage du temps de travail, la fiscalité progressive des entreprises et l’augmentation générale des salaires.

La gauche doit retrouver ses fondamentaux avant que les Français n’en appellent à d’autres qui n’auront le souci ni de la justice ni de l’équité.

Anthony Gratacos est président de la SAS Gratacos père et fils